lundi 28 décembre 2015

#17

J’emballe à la hâte le dernier cadeau que je glisse dans le grand sac où se trouve déjà tous les autres, soigneusement rangés. Une hotte de fortune estampillée FNAC sur les côtés.

J'ai passé bien assez de réveillons seule pour savoir que l'esprit de Noël pèse plus lourd que les 21 grammes que l'on attribue au poids de l'âme.
Qu’il est ardu de rassembler les pièces d’un puzzle dont les angles usés ne s’emboitent plus. On essayera de ne pas s’attarder sur les pièces manquantes, mais on y reviendra entre le plat et le dessert.

Dans la cuisine, ma mère transperce le gigot de son couteau pour y fourrer des morceaux d’ail. Casques sur les oreilles, elle crie « Hein ? Quoi ? J’écoute RTL ! »
Les habitudes indécrottables des solitaires. Quand bien même avons-nous l’impression de lui faire plaisir en lui faisant partager un moment collégiale, elle continue d’agir comme si nous n’étions pas là. Son monde se retrouve alors, emmerdé par les cris, chahuté par les enfants, prisonnier des contraintes liées à la vie en communauté.
Sur la table est disposé le nécessaire pour l’atelier hors d’œuvres :Œufs de lompes, Tamara, pain d’épices, roquefort, saumon, jambon… « Est-ce que c’est bien comme ça ? » Les nièces tartinent les petits pains avec une certaine minutie. Ici comme ailleurs, les hommes brassent de l’air, traversent la pièce de long en large sans but ultime et proposent de l’aide une fois que tout est terminé.

Sur le tard, déjà repu d’une entrée costaud et après avoir évoqué une fois de plus l’absence du géniteur, ce mâle plus tellement alpha, qui n’a pas daigné savoir si je ne m’étais pas pris une balle dans la gueule en novembre dernier, est arrivé le moment fatidique d’étaler les opinions politiques. C’est au bout de la seconde bouteille que l’on se croit capable de résoudre tous les problèmes de cette planète à coup de phrases faciles, de raccourcis moisis et d’interprétations hâtives, confit d’oignons entre les dents.

Il me faut monter le ton très haut pour recadrer les propos nouvellement fasciste de l’oncle qui subit une Zemmourite sévère. Je reconnais cette maladie à la fièvre allergique qui fait naître une céphalée fulgurante, suivi d’une pulsion meurtrière calmée par la technique de respiration traditionnellement utilisée lors des accouchements et plus communément appelée, « la technique du petit chien ».
Point de rupture atteint, je ne peux ni supporter ses théories fumeuses sur le potentiel terroriste de chaque réfugié syrien, ni tolérer ses propos antisémites sous couvert d’un « Mais c’est important de se poser les bonnes questions. »

Pendant qu’autour de la table, on déballe quelques cadeaux afin d’évacuer cet air vicié, apparaît alors entre mes mains une BD tombant à point nommé. L’oncle dit : « Tu as eu quoi ? Montre c’est quoi ? Ah… oui.. ok… »
On peut lire sur la couverture « Riad Sattouf - L’Arabe du futur. »

21h37,  sur le boulevard Ordener se libère devant moi, une jolie place de parking dans laquelle j’engouffre ma caisse, me pensant comme à chaque fois, super chanceuse. Ce leurre.
L’appartement qui accueille l’anniversaire de Chloé est spacieux. Nous sommes quelques jours avant le réveillon. Je remercie l’hôte de me recevoir. J’aime assez ça, la politesse. Nous serons la dernière génération à en user. Le balcon semble pencher, alors j’évite de regarder vers le bas pendant que je tiens une conversation sur l’identité Corse avec une inconnue qui le devient chaque minute un peu moins. Camille est malade, elle est contagieuse, elle n’embrasse personne. Il lui faudra le répéter à chaque nouvel arrivant jusqu’à ce qu’on finisse par s’enlacer sur du Britney Spears, quelques heures plus tard. « Oh pis merde ! » qu’on criera dans un élan d’affection général. Je tomberai malade 48 heures plus tard.

Sur le bar, les vivres sont abondantes. Dans le frigo, les bouteilles s’entrechoquent. Sur nos verres, des étiquettes personnalisées. J’ai pioché Loana, j’ai discrètement changé pour Bidule.

Il existe dans toutes les soirées, qu’elles soient fastueuses, qu’elles soient somptueuses, cet instant neutre régi par la dignité, où les invités s’écoutent et se contiennent. Cette heure où danser sur l’inacceptable est impensable. Cette heure où rien ne tangue encore, ni le corps, ni l’espace. C’est une team majoritairement Vanity Fair qui grouille, une population vive et ouverte, un microcosme arty encore épargné par la droitisation et avec lequel il est bon de converser, d'évoquer l'absurde comme l'important.

A ma droite s’agite Isabelle avec laquelle je finis par discuter, coincée entre une chaise haute qui n’a pas sa place et un type à chapeau s’acharnant à inventer un cocktail imbuvable. Je lui raconte combien son travail sur Camweb est particulièrement intelligent et bien écrit. L'instant neutre arrive à son terme lorsque les premiers verres se renversent sur mes pompes. Entre deux éclats de rires et une danse improvisée, elle conseille. Les gens qu’il faut forcément côtoyer, ceux qui viendront d’eux-mêmes, attirés par le bruit du filon à exploiter et surtout oui surtout, ceux qu’il faut éviter. Elle a l’œillade de celle qui doit faire la fête maintenant, sur le champ, sans réserve, éreintée par une maternité récente, et une carrière à rediriger.

Je ne le connais que trop bien ce regard. J’ai passé trop de temps à être moi-même alors que je pouvais devenir quelqu’un.


B.O. du #17

POINT PRESSE: J'ai été interviewée par le site, Les Biches. Si tu te fais chier, ou que t'as vraiment envie d'en savoir plus sur ma vie, mon oeuvre, tu peux la lire ici.

mercredi 9 décembre 2015

#16

La puissance du vin vient frapper ma glotte et manque de me faire tousser. Je déglutis juste avant de lui dire : « Tu sais moi l'amour c'est fini jusqu'à nouvel ordre. Je deviens tellement débile quand j'aime que je préfère me concentrer sur mes projets."
Combustion instantanée de l’organe moteur. Comme si je croyais vraiment à ce que je disais. Comme si j’allais me suffire à moi-même. Comme si j'allais écrire le livre du siècle, organiser la soirée de l’année. Comme si j'allais combler les besoins de l'humanité. "Non vraiment j'ai été plus productive en 6 mois que je ne l'ai été ces 2 dernières années. Mais ça ne m'empêche pas de baiser celles que je juge susceptible de l'être."  Sur cet argument imparable, elle n'a pu rétorquer.

Une heure plus tôt, vent d’automne dans les gencives. J’accélère le pas pour retrouver Ava qui poirote devant le Gibus et m’invite à me presser d’avantage avec un « Qu’est-ce que tu fous ? » jusqu’à ce que mon corps interrompe sa course devant le parterre de bouquets destiné à honorer la mémoire des victimes des attentats. Je suis devant le Bataclan. Là où tout a commencé pour moi, là où tout s’est terminé pour d’autres. Je prends une photo, je l’efface, j’en prends une autre que je crois meilleure. Je m’impose des gestes inutiles pour éviter de succomber à l’émotion. On a tellement pleuré sur ce trottoir qu’il en a poussé des fleurs.
Des touristes s’attardent sur les portraits qu’on a pris soin d’accrocher afin qu’à défaut d’oublier l’horreur, on n’oublie pas leurs visages. Où vont se loger les larmes qui ne coulent pas ?
Un SMS me rappelle à ma mission, il faut que j’avance, il faut continuer à marcher. La symbolique est forte.

Derrière la grille du Gibus, à contre-jour, Mathilda sourit, tend ses bras et m’enlace. Nous empruntons un dangereux escalier. Il est question du shooting destiné à la communication visuelle des soirées Possession. Nous avons le privilège du silence sur un dancefloor vide en attente d’être sali. Dans quelques heures, une certaine population viendra y perdre l’esprit.

Dans un coin reculé, la noirceur profonde contraste avec la lumière éblouissante et surréaliste du flash surmontant un appareil photo lui-même trônant sur un trépied. Enzo me dit que c’est à moi, que je dois m’assoir sur le cube géant, ne pas sourire, me tenir plus droite, garder les yeux bien ouverts, voilà c’est bon, attends on en refait une autre. Small talk pendant que nous remettons nos manteaux. On remonte à la surface, on s’enlace, on se reverra bientôt et surtout qu'on n'oublie pas de prendre soin de nous.

Ava propose que nous nous rendions dans un bar près du canal dans lequel officie un de ses amis. Léonard, tout sourire se tient derrière le bar. La tribulation des heureuses coïncidences. Lui qui, 2 semaines plus tôt déposait de la poudreuse teintée sur la peau des modèles, remplira sans discontinuer nos verres avec la même générosité. Nos coudes grattent le comptoir pendant plusieurs heures. Il fait bon vivre au Sésame. Ava, assise en tailleur et chapka retroussée sur la tête, me raconte la difficulté d’être atypique au cinéma, l’avantage de l’être au théâtre et l’importance que cela a dans la chanson. Son esprit loufoque se marie parfaitement avec le vin italien.

Frida Kahlo ouvre la porte de la maison. Nous entrons sans que personne ne s’inquiète de savoir qui nous sommes, nous infiltrons les convives, occupés à danser, parler fort, s’embrasser où se servir du vin rouge bon marché.
Cette situation a commencé à exister après qu’Ava ai prononcé les mots : « J’ai une soirée chez des altermondialistes à Montreuil. Viens si tu veux. »

On accède avec difficulté à la cuisine. Je presse quelques citrons pour diluer la tequila pendant qu’on m’annonce qu’il s’agit d’une soirée déguisée. J’avale mon verre d’un trait. Frida Kahlo n’était donc pas Frida Kahlo. Traquenard absolu. Dans la pièce principale les looks divergent. J’évite tout commentaire sur la décoration intérieure au cas où je me tiendrais maladroitement à côté de l’hôte dont je ne connais ni le nom, ni le visage.
L’ambiance est chaleureuse. Il y a le garçon qui aime l’expérience inédite des collants sur sa peau. La lesbienne à bonnet qui tire la tronche et nous regarde de travers pour se donner une contenance. Un grand classique. La fille qui a éclaté le budget paillette. Le cow boy de service, la soubrette enrobée, le clown low cost, et le type auquel on n'ose pas demander s’il s’agit de ses vrais cheveux afin d’éviter toute vexation. « Tahiti Bob c’est ça ? » Son silence laisse entendre que j’aurais tort d’insister.

A l’étage j’entame une attaque frontale sur un joli minois penché sur un téléphone de dealer. L’humour est l’arme de toutes les approches. L’écho de ses rires rebondit sur les marches de l’escalier que je redescends pour laisser en suspend mon intérêt et y revenir quand ce sera le bon moment. Laisser un gout d’inachevé fait toujours naître l’intérêt.
« Mais t’aimes bien les hétéros toi en fait… » me balance Ava en déhanchant son body en dentelle sur un titre oublié de New Order, qu’un ami poète venait de lancer dans les enceintes en s’improvisant Dj Youtube.

« J’ai un goût assez prononcé pour l’inaccessible. »


B.O. du #16



mardi 1 décembre 2015

#15

Je suis arrivée avec un bon quart d’heure d’avance au rendez-vous qu’on s’était tous fixé chez Florent, avec l’appréhension que certains se désistent, sous l’emprise de la paralysie générale. J’ai lu ici et là qu’il fallait continuer à faire la fête, mais il a fallu trier entre les prêches de résistance et les discours mercantiles. Le vice du profit s’acoquine souvent au malheur.

Parce qu’une fois attablée en terrasse, par besoin de souffler et non par esprit conquérant soyons honnête, mon premier réflexe a été de vérifier toutes les issues possibles si quelques balles venaient à fendre l’air en ma direction. « Vu comment t’es placée, je crois que t’y passeras la première. » Blague morbide en vue d’apaiser la tension et qui fera rire jusqu’à la prochaine rafale qu’on sait imminente.

Je me suis interrogée sur le maintien du shooting destiné à la promotion de notre soirée Amour Sauvage. J’avais le choix entre continuer à fédérer où me mettre en boule sous ma couette en écoutant 37 fois par jour Nos joies répétitives de Pierre Lapointe. Une semaine, c’est le temps nécessaire pour que la boule dans la gorge glisse jusqu’au ventre.
Alors on l'a fait.

Léonard installe son matériel, me montre les feuilles d’or qu’il pourrait appliquer et dispose sa palette de fonds de teint précautionneusement. Je débouche une bouteille, il est 14h, je m’enfile deux verres d’affilée pour trouver la force de feindre la bonhomie.

Je filme, je tremble un peu. Pauline me présente sa nouvelle petite amie sur laquelle il faudra que j’ai un avis. Karina savoure la délicatesse de Léonard dont les pinceaux glissent sur ses pommettes comme des caresses sur un nouveau né. Géraldine parsème l’air de ses bonnes vibrations londoniennes. Nicol s’étire les membres supérieurs. Mathilde règle son appareil photo. Jordan prend la pose avec assurance et Florent n’en perd pas une miette.
Je rêve de bras de huit mètres qui les enlaceraient tous. J’imagine des discours affectueux. Quelques mots qui exprimeraient ce qu’ils ont insufflé à ma vie sans rien laisser paraître. Celui qui m’a fait confiance, celle qui m’a soutenue, celle qui m’a réveillée, celui qui n’a pas oublié. Au lieu de ça, je remplis les verres, je filme, je tacle et je me noie dans ma pudeur. Je n'ai pas su leur promettre autre chose que de les rendre beaux. 
(Le résultat est à voir ici )

Deux cent mètres. C’est approximativement la distance entre la sortie de métro Bonne Nouvelle et l’entrée du Delaville Café. Un trajet interminable lorsque, inondée de questions, celle qui remonte entre toutes s’inscrit en lettres de néons aussi violemment que le nouvel éclairage du grand Rex : Est-ce vraiment une bonne idée de se revoir ?
Quels sujets aborder lorsqu’on a 10 ans à updater ? Débuter par ce qui nous avait fâché. Donner les noms de tous ceux et celles avec qui on a couché. Parler des emplois que l’on a occupé. Nommer les rues où l’on a habité. Raconter la vie des autres. Rire sur les scoops improbables. Critiquer les dernières séries. Admirer la journaliste influente qu’elle est devenue. S'inquiéter des livres que je n’ai jamais écrit.

« Première table à droite en rentrant sur la terrasse. »  1 nouveau message.  Nous sommes 6 jours avant les attentats.

Nora se redresse. Nora sourit. Mes doutes s’estompent à la première bise. Elle est encore plus jolie. Le temps efface bien des choses, mais la beauté, c’est ce qui s’oublie en dernier. Si cette rencontre s’était jouée dans un film, la séquence aurait été entrecoupée de flashback insolites. Entre deux gorgés de mojito, gros plan sur une mezzanine en bois cognant contre un mur sous l’impulsion de mouvements de bassin, alors que j’entre discrètement dans la pièce pour récupérer un paquet de clopes. Au milieu de ses péripéties chez Slate, plan serré sur ses yeux humides alors que je traîne dans le salon, ma valise de 30 kilos, prête à partir vivre à Montréal et pensant la laisser entre de bonnes mains.

A propos des mots, il y a eu débat. Sur l’écrivain que je ne suis pas devenu. Sur les désastres du bonheur sur l’inspiration. Sur tous les blogueurs influents qui n’influencent plus. Et sur celle qui a tout réussi avec talent.

Dernier métro, le SMS « c’était cool ». L’esprit grisé par ces retrouvailles, je lui demande de faire revivre Sskizo. Je crois qu’au fond, en plus du plaisir de la lire à nouveau, je n’avais pas envie d’être la seule à revenir.


B.O. du #15

lundi 16 novembre 2015

#14

Il y a ce vent glacial qui traverse le hall du 104 où je sautille en attendant Tania. Une fille gère l’accueil, la moitié du visage emmitouflée dans son manteau, nous annonce que le concert a du retard, qu’on viendra nous chercher.  Pendant que Tania discute avec un type qu’elle semble bien connaitre mais à qui elle n’a pas grand-chose à dire, je m’attarde sur l’immense installation artistique faite de centaines de roues de vélos. Je cherche un sens, je m’interroge, je m’intéresse. S’émerveiller innocemment devant une œuvre d’art ne semblait pas encore devenir un luxe.
Je tends le bras et fais tourner une roue pendant qu’ils me regardent, interloqués. « Désolée, ça faisait dix minutes que j’avais envie d’y toucher… » 
Braver l’interdit allait alors prendre tout son sens.

Au Café Caché où nous nous amassons, l’ambiance est aussi légère que la mousse qui recouvre nos bières. Je sens qu’on tapote sur mon épaule. Un quart de tour de buste et le petit minois de Théodora apparaît dans mon champ de vision. Je la félicite, quelques heures plus tôt j’apprenais qu’elle allait se produire à l’Olympia. Reflète dans son regard, l’humilité des jolies âmes.  

Le spectacle débute. Perché sur un balcon de fortune, un homme à l’allure David Lynch, arrosé par une douche de lumière céleste, annonce le programme et nous invite à nous abandonner dans l’atmosphère mystique qu’ils nous ont concocté.
Fiodor traverse la salle et grimpe sur scène, rejoindre le groupe déjà en mouvement. La scénographie est sobre, le rythme est soutenu, mon pied gauche bat la mesure. Il y a tant à admirer à un concert. Des doigts qui pincent avec précision le cordage d’une guitare, les muscles bandés du batteur, les chaussures usées du mec qui n’a que sa musique à penser, les paupières closes de la chanteuse sur une vocalise poussée, la chaleur qui émane des corps et s’évapore dans les rayons penchés des spots colorés.
Assister à un concert c’est se réunir pour regarder dans la même direction, écouter les mêmes chansons mais s’évader chacun de son côté.

Des visages s’éclairent à la lumière des smartphones. La dizaine tourne à la trentaine en l’espace de quelques minutes. Quelque chose se passe. Je sors le portable de ma poche, je lis : T’es où ? Tu es chez toi ? Décroche ton téléphone ! Restes où tu es. Réponds, mais réponds bordel !
Je ne sais pas à qui répondre en premier, je ne comprends pas ce qu’il se passe, je tends mon écran à Tania, qui regarde le sien, tout aussi inondé de SMS. Fusillade, morts, concert, bombe.

Engourdissement général, respiration courte, je prends quelques minutes pour réaliser, je scrute la salle qui se vide par le fond. On sort ! que je glisse à l’oreille de Tania.
Dans l’entrée, un silence morbide. Le public est rivé sur son téléphone, un mec écoute la radio le visage grave. Je déroule le fil d’actualité à mon tour. Il y a cette fille qui poste des photos depuis l’intérieur du Bataclan, le corps ensanglanté d’un jeune homme qui avait aussi payé pour s’évader. Elle dit qu’elle est bloquée, elle dit qu’il faut venir la sauver. Le carnage 2.0.

Nous nous asseyons, nous nous relevons, nous sortons de la pièce, nous entrons à nouveau, nous ressortons, nous fumons. Je ne distingue pas mes tremblements du froid ou de l’effroi.
J’peux pas croire que ça arrive. Qu’est-ce qu’on fait ? Emilie est au Bataclan. On reste là ? Il faut qu’on reste groupé. Je préfère tenter de rentrer. J’veux pas rester là toute la nuit.
Sonnerie retentissante au moment où la grille se referme sur notre passage. Alex prévient dans le combiné : Ne sortez pas, restez où vous êtes, ils tirent dans les rues. Volte-face, grille verrouillée. Vous ne pouvez pas rentrer, nous sommes en plan Vigipirate. N’insistez-pas.

Marche rapide direction ma voiture. Fermeture des portes, j’allume le contact, on tente un départ. Le tableau de bord joue l’avertissement avec son gros bip qu’il faut traduire par: T’as plus d’essence meuf…
Je dépose Tania à Pigalle, je m’engouffre dans le centre de Paris, réservoir incertain. Sirènes, ambulances, touristes inquiets, courses folles de résidents. Travelling sur un Saint Germain désert avec pour bande son, la voix chevrotante d’un François Hollande qui finit par glacer toutes les parties de mon corps qui ne l’étaient pas encore.

Mon appartement n’a jamais semblé aussi vide. Il n’y traîne ni chair brûlante, ni cœur palpitant. Tout est à sa place entre les murs blancs immaculés. Les plantes arrosées de la veille, les livres impeccablement classés, les coussins remarquablement alignés. 
La perfection utopique d’un monde que l’on croit maîtriser à coup de consommation massive pendant que nos idéaux foutent le camp.

J’ai peur d’allumer la télévision comme j’aurais peur de l’éteindre.

Le lendemain, Camille décide de maintenir sa fête d’anniversaire. Il fallait juste remplacer le mot fête par rassemblement. Alors on a mis un peu de musique, on a ouvert quelques bouteilles. On n’a pas fait semblant que tout allait bien. On a essayé de croire, pour quelques heures encore que notre insouciance n’avait pas été touchée. 


B.O. du #14

lundi 2 novembre 2015

#13

-T'as pas vu mes poireaux ?
Dans l’encolure de la porte, se tient ma mère, à contrejour, tel un spectre vicieux. Nous sommes dimanche, il est 9h57. Tentative futée de me sortir d’un sommeil que j’avais pourtant bien mérité. Je garde les yeux clos en ronchonnant un Heiiinn ? Mhnnnoooonnnnn bien gras. Bouche pâteuse, tête lourde, victime de la bouteille de vin que je me suis enfilée sans honte dans le but avoué d’effacer la veille. J’enfouie ma tronche renfrognée sous la couette afin de bien faire comprendre que ma nuit ne peut décemment pas se terminer sur une question aussi brûlante.

Assoupissement avorté lorsque je commence à imaginer sa botte de poireaux au fond de mon coffre, oubliée à la caisse, dans un caddy, dans un caniveau, dans la main d’un type aux yeux injectés de sang qui hurlerait à la caisse de Carrefour: Ils sont à moi !! Ils sont à moi tes putain de poireaux !! Rire de hyène diabolique raisonnant sur toute la ville. Ses poireaux à toutes les sauces, je les rêve en soupe, ciselés, en juliennes, en confit. Poireaux, poireaux, poireaux… Je me redresse en sursaut avec pour ambition première, rentrer à Paris au plus vite sans en avoir l’air, juste après qu’elle ait de nouveau entrouvert la porte en m’annonçant « Mais en fait je les ai pas acheté, ahah j’suis con. »

24h plus tôt. Je me gare sur le parking donnant sur la fenêtre de sa cuisine pour annoncer mon arrivée. Elle soulève son chien pour qu’il assiste aussi à ma venue, se mette en transe et prévienne tout l’immeuble de l’arrivée imminente d’une personne qui ne semble pas être le facteur, grâce à des aboiements stridents que je devrais calmer à coup de pied au cul surmonté d’un affectueux « Mais ta gueule putain ! ».

Dans l'entrée, elle s’approche pour m’embrasser mais la gueule du chien, revenu dans ses bras, s’interpose à chaque bise, sa truffe humide entre deux joues.
A chaque visite je découvre chez ma mère, un nouveau comportement s’éloignant de la femme qu’elle était.

Faire une montagne d’un petit problème du quotidien. Parler toute seule. Commenter chacune de ses actions. Renommer son chien Denyse, m’appeler par le nom du chien. Raconter en détail la vie des enfants de la voisine du troisième étage tout en ignorant sans complexe ce qui anime la mienne. Me montrer ses derniers achats en précisant fièrement, c’est important, « C’était en promo ». Me montrer chacune de ses boites de médicaments contre la tension, les rhumatismes, les maux de têtes et la constipation bien entendu, on n'ingurgite pas autant de molécules sans risque. Me faire lire tous les courriers auxquels elle ne comprend rien. Mettre son téléphone en haut-parleur et hurler près du micro. Me demander de faire toutes les mises à jour de tous ses produits high-tech. Et biensur, dormir avec un bigoudi sur la frange.

De petites actions inoffensives reflétant la vie morne d’une majorité de femmes retraitées, sans doute persuadées à mon âge, qu’elles échapperaient au déclin. Une génération de femmes ayant toutes refusé de refaire leur vie après s’être fait larguer au bout de 20 ou 30 ans de mariage pour cause de date de péremption dépassée, et avec pour unique contrainte, être à l’heure pour regarder leurs séries préférées.
On n’est jamais trompé par un personnage de fiction.

-Tu ne mettras pas tes chaussures sur les barreaux de la chaise, elle est neuve, c’est de l’inox. Je l’ai achetée en promo. J’inspire. J’ai rien à fait à manger, t’as dit que t’étais au régime. Bois de l’eau. J’expire. Franchement quand je pense que t’as voulu me faire payer le péage. (Rappel des faits : Mois d’Aout. Montant du litige, 3,80 euros )

Suffocation, je m’exprime : Ok tu sais quoi, je me casse !

Je ne m’étais pas barrée en trombe d’un endroit depuis que j’avais quitté mon poste d’assistante chez CINELITE en 2007. Redressée tel un suricate, poings sur la table, tirade radicale à l'attention de l’agent artistique médusée. Réalisant ainsi le fantasme absolu de tout employé à bout de nerf, balancer une réplique cinglante, claquer la porte en partant, et courir dans la rue en se répétant « Je l’ai fait putain ! Je l’ai fait ! »

Je m’engouffre dans le premier parking commercial venu, Intermarché, loin de l’entrée, je coupe le moteur, je coupe la radio, je décroche ma ceinture, je retiens une montée de sanglots grâce à une respiration maîtrisée. Je n’ai pas pleuré à cause de ma mère depuis 1998, à ce moment précis où j’avais compris au son de sa voix, qu’elle s’était remise à boire. C'est un cauchemar récurrent.

Devant moi, tous les couples cinquantenaires se donnent rendez-vous pour m’offrir le spectacle le plus insignifiant de la vie quotidienne auquel il est impossible d’échapper lorsque que l'on pratique la vie normale des gens normaux: Les courses de la semaine.
Il ouvre le coffre, elle range chaque article méticuleusement dans de grands sacs usés, il porte les packs d’eau, elle cale les sacs dans le coffre, il récupère la pièce d’un euro, elle part ranger le caddy, le tout dans un silence religieux.

J’observe cette scène quatre fois de suite en apposant le visage de ma mère sur chacune de ces femmes, écrasées par une routine fétide mais avec l'air d'être comblées, l'air d'être aimées.

Je démarre, j’y retourne, je sonne à la porte, elle ouvre, me sourit et n’évoquera pas une seconde cet incident comme elle a gardé le silence sur toutes les souffrances de sa vie.

-Bon, on va faire des courses ?



B.O. du #13

lundi 26 octobre 2015

#12

Samedi 8h30. Sonnerie de l’horreur, je frotte mes paupières, j’étire mes membres, je recentre mes pensées, encore engluée dans un rêve où je frappais quelqu’un avec mes bras en mousse.
Pointes des pieds sur sol gelé, je suis en éveil. Relever le store, ouvrir la fenêtre, scruter le ciel. Fraîcheur de fin d’octobre en pleine face. Les chevilles craquent jusqu’à la douche. Manteau d’eau chaude, mousse de savon. Je me jette un premier regard dans le miroir pour me rappeler de quoi j’ai l’air et estimer le temps nécessaire pour être présentable. Vieillir c’est y consacrer chaque jour un peu plus de temps.

Fip en fond sonore. Dosette de café noir, un sucre, je touille, je m’assoie, j’avale. Je fais dérouler les fils d’actualités des réseaux sociaux sans m’attarder. Comme tous les weekends, une victime de la nuit perd son portable et nous le fait savoir, au cas où nous aurions encore l’occasion de nous appeler et de se raconter des choses. Hormis nos mères, on n’appelle plus jamais personne.

Parvis de la mairie de Vincennes. Des attroupements se forment. J’essaye de deviner lequel appartient au mariage auquel je dois assister. J’y reconnais une puis deux personnes. Meilleure amie s’agenouille pour parler à sa fille, dont la passion pour les feuilles mortes vaut bien la création d’un herbier.
Je fais semblant de trouver cette situation complètement normale. Nos copines de soirées se marient. Alors je m'interroge. 
Qu’est-ce qui m’a poussé à refuser d’enfiler le costume d’adulte qui m’attendait au rayon responsabilité ?

Pendant que toute la tribune écoute sagement les premiers sermons dans un décors grandiose aux moulures de la République Française, que les cœurs des mariées s’emballent, que les larmes des parents s’apprêtent à fondre sur la peau rugueuse de leurs joues brûlantes, je m’approche au plus près d’un florilège d’émotions que je ne vivrais jamais. Piégée par ma peur de l’engagement, réchauffée par cette douillette couverture qu’est la marginalité.

« Pas trop dur de te lever ce matin ? Tu es sortie hier soir ? (...) Tu me fais marrer avec les photos de tes nanas… »

En bas des marches, pendant que les mariées fraîchement baguées se font photographier, on me prête une vie que je n’ai pas. Il n’existe aucun compromis entre ce qu’on pensait savoir de vous et ce que vous devenez. Ce à quoi vous aspirez pendant que le temps s’écoule et que vous persistez à ne pas vous appeler, parce que vous pensez tous savoir des autres grâce à Facebook.

Pourtant, la veille ressemblait à cet après-midi de 2005, où avec Meilleure amie nous visitions avec excitation, la salle destinée à accueillir la plus grosse soirée lesbienne de Paris. Celles qui savent devraient s'en rappeler.

Dix ans plus tard, notre assurance nous a obligés à poser plus de questions à notre charmante interlocutrice. Du prix des consommations, aux sorties de secours. C’est très laid une boite de nuit en plein jour. Fauteuils éventrés, murs lacérés. Il n’existe pas un endroit où quelqu’un n’a pas vomi. Le reflet de nos âmes
C’est pourtant dans cette effluve de crasse que je peux d’ores et déjà vous prédire une des plus excitantes soirées LGBT de 2016. 
Mais ça, je vous l'expliquerai dans une tribune dédiée.


B.O. du #12

mardi 6 octobre 2015

#11

Ce qui m’a le plus surpris, c’est le chant amplifié des oiseaux. Une cacophonie merveilleuse. Assise sur la terrasse surplombant une ville terracotta en éveil, j’ai pris grand soin d’offrir à mes souvenirs futurs, ce panorama au voile bleuté qu’exhibent les montagnes de l’Atlas.

7h30. Seule. Je m'étourdis de tous les bruits et des odeurs nouvelles comme si j’allais y passer demain.

Marrakech. Ses rues terreuses sont exiguës et nous protègent de l’écrasante chaleur coutumière. Il nous faut nous pousser souvent, longer les murs pour éviter les scooters, les vélos, les charrettes, les promeneurs, les chats sauvages et les enfants agiles. Le parfum de l’essence et des épices agressent nos naseaux. Les mendiantes statufiées n’attirent notre attention que lorsque l’on manque de les heurter. Les vendeurs affalés alpaguent le moindre regard égaré qui se pose sur leurs commerces. Le business de l’artisanat ancestral.

Sur la place Jemaa el fna, les charmeurs de serpents font payer les photos des touristes, des sénégalais s’incrustent à la carte postale en proposant des chameaux en bois, des chapeaux de pailles, et des jouets bruyant et lumineux qu’on sait tous venir de Chine.

On a évité tous les pièges, sauf celui de s’épancher.

Le Riad est féerique. Il a le luxe du calme que la ville ignore. Piscine glacée en son centre, chambre agréable, drap frais. Au dernier étage, une table familiale que l’on investit à la hâte, dans un désir soucieux de recréer une ambiance festive qui se prêtera aux confessions sentimentales, les lèvres rougis par un vin marocain passable et fort en bouche.

Lui nous parle de ce gamin de 20 ans qui ne sait pas ce qu’il veut vraiment, des signaux envoyés, des additions payées, des verres engloutis sans récompense ultime, ni sexe, ni tendresse. Il a lâché l’affaire, mais il pense souvent à lui. 

On pense bien trop souvent à ceux qui ne donnent pas.


L’une d’elles masse ses pieds, torturés par 13 kilomètres de marche. Elle enchaîne sur l’histoire de ce type, beau comme un Dieu, avec qui elle a baisé il y a quelques semaines, et qui n’avait plus jamais donné de nouvelle. Elle a eu tout le temps, la semaine suivante, de faire la liste de tous ses défauts qui auraient empêchés cet abruti de revenir. Une libido tordue, une fin de règles, une cellulite disgracieuse, une conversation dénuée de sens, un sexe mal épilé, des cheveux secs, une haleine condamnable. Elle a cherché longtemps les causes d’un silence alors qu’elle pouvait simplement mettre ça sur le compte du principe du coup d’un soir. Celui qui n’oblige à rien, et surtout pas à revenir. Son massage remonte jusqu’à sa cuisse lorsqu’elle nous annonce que le mec a finalement refait surface ce matin, aussi brusquement que la trique d’un adolescent.

Recroquevillée dans le fauteuil, j’assiste au déballage des aventures amoureuses de ces 4 merveilleux êtres et je suis confrontée à la certitude que le seul personnage commun à toutes nos vies narrées sur une table en mosaïque, n’est autre qu’un sentiment, au plus juste, un état.


Celui qui vous pousse à penser à ce gamin de 20 ans avec qui aucun avenir n’est possible. Celui qui vous engage à baiser avec ce mec qui ne donnera pas plus de nouvelles à la seconde baise. Ce sentiment si présent qu’il en devient familier et douillet. Celui que vous souhaitez enterrer en allant là où vous ne souhaitiez pas aller, en fréquentant des gens que vous n’aimez pas, en prenant des décisions qui ne vous correspondent pas.

Cet état nauséeux, que vous avez beau essayé de cacher, sur les réseaux sociaux, sur une photo, dans un pays ou dans un autre, entre deux séances de ciné, devant une série, au travail, pendant vos achats, durant un verre entre amis, sous la couette, sous la douche, devant la glace, en bouffant, en courant. Que vous chantiez, que vous dansiez, que vous riez, elle est partout avec vous, cette solitude.


On a ouvert une nouvelle bouteille de vin, puis on a sorti les cartes.




B.O. du #11

lundi 14 septembre 2015

#10

Des flèches en chatterton orange indiquent le chemin à suivre. C’est le plus grand squat de France. m’informe une fille qui veut bien faire. Alors je m’attarde. Chaque délabrement est une œuvre d’art. Le volume de la musique s’intensifie à mesure de mon avancement, c’est bien par là. Je ne connais personne ou presque. Une blonde est allongée sur l’un des canapés, les invités, déjà ambiancés, sont intimes et très à l’aise. On me présente, on donne ma bio, comme si j'avais l'intention être quelqu’un d’autre. 

Quelque part sur la planète, il y a ce type qui marche depuis des jours entiers. Il économise le fond d’eau qui clapote dans sa bouteille d’Evian déformée. Une dame courbée la lui a tendue quelques kilomètres plus tôt, avec une pomme et un sourire. Le visage nourrissant d’une âme charitable.
Sa flèche à lui, c’est cette marée humaine. Ce flot incessant de viandes sur pattes qui a l’air de savoir où aller. Le bruit du gravier écrasé sous les godasses usées pour seule mélodie.

Balcon colossal, horizon parisien, chaises branlantes, jambes croisées, clope sur clope, verre sur verre. J’entame une discussion philosophique avec un type chimiquement illuminé. Il me parle des étoiles, de la durée de notre existence misérable et du départ de Claire Chazal. L'esprit loufoque a son importance lorsqu'il faut causer de la grandeur de l'univers et finir sur l'infiniment absurde. Je suis malléable à souhait, j'ai réponse à presque tout. Le mec offre son champagne et partage sa coke. Son allure est noble, ses poches sont pleines, ses cheveux structurés, le port de sa veste est irréprochable. Je l’intrigue sur bien des points, mais il a la délicatesse de ne rien explorer lorsque mes yeux se plongent dans le vague.

 

Le type qui marche est syrien. Sa cheville droite le fait souffrir depuis qu’il a tenté de rattraper le voleur de son sac à dos dans lequel il avait stocké tout ce qu’il considérait comme essentiel. Ses poches sont vides, son pull est sale et ses cheveux gras. Il tient dans sa main, un carton qui devrait le protéger des barbelés qu’il s’apprête à traverser.

Il inspire profondément. Ce carton un peu humide, il l’a récupéré sur le bord de la route, juste à côté d’une femme, recroquevillée sur le flanc droit, qui pleurait de ne plus en pouvoir. Un goût de larmes assez proche du sang. Il a voulu lui parler. Lui-même a pleuré sur le flanc gauche la nuit précédente, juste après avoir entendu raisonner la voix chevrotante d’un homme épuisé qui disait : Si Dieu existe, j’espère qu’il a une bonne excuse. 



B.O. du #10



lundi 7 septembre 2015

#9

Le métro ne redémarre pas à sa cadence habituelle. Il stagne, comme s'il nous forçait à nous attarder. Sur l'affiche 4x3, une jolie fille s'apprête à porter à sa bouche un liquide éclaboussant les paumes de ses mains. Bouche entrouverte, la connotation sexuelle est partout. Le titre annonce "Vivre l’ivresse de la vie". Campagne Mauboussin 2015. Rictus de 9h10.

Il y a ce jeu stupide qui consiste à prendre un livre au hasard, à faire glisser les pages le long de son pouce, s'arrêter sur l'une d'elles, fermer les yeux, déposer l'index sur le premier mot venu, le lire et y voir une signification. Le résultat trouvera immanquablement un écho à votre situation. La force de la conviction.

L'interprétation nous est propre. Elle trouve sa source dans notre état d'esprit, notre vécu, nos attentes.
Il en est de même des rencontres.
Une histoire pourra se raconter à l'infini, sous tous les angles, conjuguée à tous les temps. Certains instants seront mis en lumière, tandis que d'autres seront totalement occultés pour le bien de l'intrigue. 

Le banal, encore lui, ne s'est finalement jamais installé. (merci de suivre)
Il a fallu quelques verres, beaucoup de rires et des danses improvisées sur le parquet brûlant d'un appartement en hauteur, pour que nos lèvres, qui ne faisaient que s’activer depuis sept bonnes heures, finissent par se calmer et se rencontrer.

Tous les scénarios avaient été envisagés. De la grosse production au film d’auteur. Bien que son talent soit irréprochable, le film en plan séquence que nous avons joué n’aura aucune audience.
Il sent la sauge, il a le goût du vin, de la cachaça et du champagne, la finesse de mes cheveux entre ses doigts, l’acidité d’une sécrétion savourée sur un index, la fermeté d’une empoignade, la découverte d’une chair célèbre sur une âme anonyme, la maladresse de l’inconnu, l'indécence de ma connerie, la fraîcheur de son visage au creux de mon cou, l'acidité de l'éphémère.

Diffusion unique de la pellicule thérapeutique, dont l'usage individualiste a fait renaître la symbolique profonde d'un égo retrouvé.

A ce jeu stupide du livre, je suis tombée sur le mot "Transition".



B.O. du #9

A PROPOS

Figure pluridisciplinaire de la nuit parisienne queer depuis une dizaine d’années, Juncutt organise sa première soirée en 2005 et rejoint le collectif Barbieturix avec lequel elle organisera les soirées « Clitorise » et « Better Fucking Girls » à la Flèche d’Or et au Social Club.

Elle dépeint pendant 5 ans, ses aventures nocturnes sur son blog « Smoking Kills », critique satirique et mélancolique et tourne en parallèle le « documentaire » à épisodes, intimiste et doux dingue « You Should Be Me ».

Maîtresse de cérémonie de la GASTON Queer Clubbing qu’elle organise avec Vainui de Castelbajac entre 2013 et 2015 ainsi que des PIMP MY GASTON au nuba.


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